Quand elle sortait pour aller, enveloppée et alourdie de ses voiles, à travers les ruelles de la Kasbah, les enfants se disputaient pour avoir d’elle une caresse, les vieillards, une main au cœur, inclinaient la tête, et les pauvresses qu’elle soulageait pleuraient en baisant le pan de son bel haïk de soie blanche.

Et autant se réjouissait Hamidou de la voir ainsi aimée, vénérée et sainte que de la sentir belle et sienne.

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Or, voici, qu’au plein de cette félicité pareille à nulle autre, de nouveau la Madalena se sentit malade : mais, cette fois, au grand désespoir d’Hamidou, son mal s’aggrava avec une rapidité terrible. Ce furent, d’abord, des douleurs qui, pendant la nuit, lui broyaient le crâne, comme si on l’eût martelé sur une enclume. Elle se réveillait brusquement en poussant des cris dont s’épouvantait Hamidou qui ne savait que lui faire.

Le vieux Moghrebin consulté, ne s’alarma pas, disant que ça passerait comme le reste. Il écrivit sur des petits carrés de papier, quelques sourates du Saint-Livre, en fit des boulettes qu’elle devait avaler comme pilules, et déclara qu’Allah, miséricordieux et clément, se chargeait du reste.

Mais hélas ! Il fit si peu que, loin de s’atténuer, les douleurs du crâne redoublèrent et s’étendirent même à tous les os de la malade, lui arrachant, pendant la nuit, des cris qu’elle ne pouvait réprimer, malgré toute sa volonté de ne pas ajouter à la détresse du pauvre Hamidou couché près d’elle.

Pourtant, ce qui la désespérait plus encore que ces tortures nocturnes, c’était de se voir maigrir, pour ainsi dire, à vue d’œil. De plus, chaque matin, quand elle démêlait devant son miroir sa splendide chevelure, il en restait, aux dents de son peigne, des poignées énormes, qui allaient de jour en jour grossissant, et dont la vue mouillait son front d’une sueur froide. Enfin, après chacune de ces crises aiguës, elle sentait branler et voyait jaunir ses dents, jusqu’alors plus blanches et plus éclatantes que des perles.

Et ce lent évanouissement de sa beauté, mais par-dessus tout, la perte bientôt consommée de sa chevelure, la jetait en de mornes désespoirs qu’elle s’efforçait, sans y parvenir, de dissimuler à Hamidou, dont la navrance était encore plus profonde que la sienne.

Il se résolut donc, enfin, ce par quoi il aurait dû commencer, à faire appeler un des médecins de la ville, mais, avant, il perdit encore un temps précieux en mandant, sur le conseil d’une voisine, la vieille Frendah, cette sorcière de Bab-el-Oued, dont la réputation de guérisseuse dépassait le Sahel d’Alger, et que, de leurs très lointains douars du Sud, accouraient consulter de riches nomades.