Elle arriva, palpa longuement le crâne de la malade, et tous les os de ses membres, et annonça que c’était un djin amoureux de Lella-Zina qui, chaque nuit, venait lui frapper la tête et les membres, et lui arracher un peu de sa chevelure.

Elle se livra à de bizarres incantations, ordonna de faire boire à la malade une mixture plus étrange encore, dans laquelle entraient du lait d’ânesse, de l’urine d’âne, des pépins d’orange et quelques graines de courge, pilées ensemble.

Elle ordonna, en outre, de lui appliquer une peau de chèvre noire sur la poitrine et sur les membres.

Le mal bien entendu empira : les beaux cheveux de Lella Zina restèrent plus encore à son peigne ; quelques dents achevant de se déchausser, tombèrent ; son amaigrissement s’accrut, la peau de ses bras devint squameuse comme celle des couleuvres, et il lui sortit, aux doigts des pieds et des mains, tout autour des ongles qu’elles firent lentement tomber, de petites plaies douloureuses et très profondes.

Enfin, quand le docteur arriva, il n’eut pas de peine à reconnaître la nature du terrible mal, et put, par une médication énergique, en arrêter la marche ascendante, mais la science, déclara-t-il, était impuissante devant les ravages accomplis et qui faisaient de la belle Lella Zina une créature méconnaissable.

Alors, à certaines paroles et investigations du médecin, la pauvre femme comprit, elle aussi, quel était son mal, et eut de lamentables intuitions sur son origine.

Elle se rappela, en effet, que pendant un de ces accès de rage jalouse, Vittorio lui avait dit au milieu d’un tas d’injures immondes :

— Un jour, tu seras pareille à Thérésa la Gouge.

Elle frémit, mais courba la tête, résignée comme une bonne musulmane.

Pourtant, elle se sentit incapable de survivre à cette beauté qui lui valut l’amour d’Hamidou, et était sa seule raison d’être en ce monde.