Ce reste, il le connaissait à cette heure.
Il courba la tête devant l’inéluctable Mektoub, et serrant tendrement dans ses bras son amante :
— Trésor, fit-il simplement, la vie sans toi serait pour moi pire que la mort, et puisque tel est notre destin, mourons ensemble.
Et le soir même, ils s’enfermèrent dans leur chambre, allumèrent le fatal réchaud, puis ayant revêtu leurs plus beaux habits, s’endormirent dans la paix de Dieu, après un baiser suprême.
Le lendemain, la vieille négresse qui couchait sur une natte dans la cour, ne les voyant pas sortir, força la porte et les trouva morts, les mains enlacées et se souriant encore l’un à l’autre.
Elle comprit tout le drame, l’approuva dans son âme simple, et afin que rien ne vînt ternir, aux yeux des musulmans, la réputation de sainteté dont jouissait sa bonne maîtresse, elle enleva le réchaud, et après s’être assurée que rien ne pouvait trahir le suicide, elle appela les voisins à l’aide.
Ils accoururent avec le vieux moghrebin en tête, et tous furent étonnés du sourire de béatitude qui voltigeait sur les lèvres des deux cadavres.
— « Mektoub ! » murmura le marabout après avoir constaté la mort ; et il déclara que, sur l’ordre même d’Allah, l’ange Azrael avait dû leur apparaître dans le jardin des délices. Ce qui expliquait la douceur ineffable de leur sourire.
Quand on voulut les séparer pour remettre leur dépouille à celui et à celle qui lavent les morts, selon les rites, il fut impossible de rompre l’étreinte qui liait la main droite d’Hamidou à la main gauche de son amante. Il eût fallu les rompre aux poignets d’un coup de hache.
Force fut donc — ce que leur conseilla d’ailleurs le vieux marabout — de les coudre dans le même linceul, et de les coucher dans la même fosse, leur regard encore brillant d’amour tourné vers La Mecque.