» Elle me conseille d’apporter, à ce dernier magazine, mes impressions du Sahara, puis d’écrire une nouvelle de mille à deux mille lignes que je pourrais, me dit-elle, assez aisément placer.

» Or, il se trouve que cette nouvelle, je l’ai longuement et amoureusement ciselée pendant l’automne que je viens de passer dans la délicieuse et blanche Tunis. Elle a pour cadre cette ville enchanteresse où j’ai vécu des heures que je n’oublierai jamais, précisément parce qu’elles s’écoulèrent dans le rêve et aussi, du moins l’ai-je cru, dans l’amour.

» En ces pages que je voudrais certes plus belles, j’ai mis un peu de l’émoi que mon âme a ressentie au contact d’un être d’élite appartenant à la race aimée, à la religion adoptée. J’y décris également le milieu sicilien de Tunis, si intéressant et à peu près inédit.

» Fasse Allah que, par l’intervention puissante de la bonne Pachkoff, je vous les fasse lire, bientôt, dans un journal ou une importante revue de Paris.

» Pour ce qui est de la signature que je dois placer au bas, et par conséquent de la question si délicate de mon état civil, elle me conseille de me donner bravement comme étant la fille de la veuve du général de Moërder et du docteur français X, Y ou Z.

» Elle en est aussi pour que je conserve l’ample et pittoresque vêtement des cavaliers sahariens, que je portais pendant mon voyage au désert ; et même elle me conseille de faire, sous ce costume, à la salle des Capucines, une conférence sur ma randonnée dans l’Oued R’hir et le Souf.

« Ne négligez rien, écrit-elle, de ce qui peut attirer l’attention sur votre personne. Peut-être, sans doute même, on vous plaisantera, on vous éreintera, pour employer le terme d’usage : n’en ayez cure, réjouissez-vous-en, au contraire, car le pis qui puisse vous arriver, c’est qu’on ne parle pas de vous… »

» Enfin, elle me recommande d’aller voir le vieux Cheik Abou-Nadara. « Il est très accueillant, me dit-elle, et aussi très influent dans les milieux littéraires et politiques de Paris. »

Et elle terminait ainsi :

« Je lis et relis cette longue et affectueuse lettre à laquelle j’étais bien loin de m’attendre, malgré tout ce que vous m’aviez dit de son auteur.