Partagés en leur milieu, ses cheveux fins et cendrés ondulent en boucles heureuses, sur son front moyen, pas très large, et modelé de façon parfaite comme celui de la Vénus de Milo.
Sous les paupières qu’alourdissent, peut-être, des rêves d’amour, les yeux s’ouvrent très larges, montrant toute la franchise d’une âme que les hypocrisies sociales révoltèrent jusqu’au dernier jour. La flamme des pensées généreuses éclaire la fixité troublante de son regard, et l’impression que ce regard laisse au vôtre est un mélange de passion et de bonté.
Si les narines frémissent de voluptés inconnues, l’on prête l’oreille aux paroles de tendresse et d’humanité qui vont tomber de ses lèvres si joliment sinueuses et entr’ouvertes à demi.
Telle quelle, cette figure vous remue jusqu’au fond de l’âme, comme les plus vivantes de celles que le génie hellénique sculpta dans le Pantélique ou le Paros.
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« … Monsieur, tout cela n’est que du papier, de la toile et de la couleur, tout cela n’est que de la matière tristement inanimée. C’est la rose, Monsieur, la rose glorieuse et frissonnante couchée pour toujours dans un herbier. Mais combien plus belle, quand, pleine de vie et de santé, elle respirait l’air du bon Dieu… »
Et j’entends encore soupirer à mon oreille le vieux proscrit, le Russe devenu Français, à qui je dois tout ce que je vais dire d’elle et aussi d’avoir ces deux incomparables documents sous les yeux.
« … Oui, Monsieur, nul, vous m’entendez, nul de ceux qui approchèrent Nathalie, quel que fût son âge et à quelque rang social qu’il appartînt, ne put pas ne pas l’aimer ; que dis-je ? ne pas l’adorer comme un moujik, l’icône de sa sainte préférée. »
Elle était belle comme ne le fut jamais, et comme ne le sera jamais une créature pétrie par la main de Dieu. Elle était belle à vingt ans et plus belle encore à trente. La quarantaine passa sans la flétrir, et je suis sûr qu’elle était belle infiniment quand sa fille Isabelle lui ferma les yeux. Car, croyez-le bien, Nathalie était de celles que la mort ne peut enlaidir.