Sa bonne humeur n’en souffrit pas, mais elle sentit croître, au fond de son âme, sa pitié pour les indigènes, sur lesquels un de Susbielle régnait en maître absolu.
....... .......... ...
Je vais suivant sa trace pas à pas, à travers les oasis et partout avec son souvenir, très vivant encore, surgissent devant moi les Visions Sahariennes d’antan.
« … A Sidi Khelil, à Tala-el-Mouïdi, à Chria-Saïa, à Djemâ, à Sidi-Amran, à Aïata, à Sidi-Rached, à R’amra, jusqu’à Touggourt, partout, enfin, je vois de la blanche mer de sable, surgir vers l’azur du ciel, des îlots de sombre verdure. O le merveilleux archipel qui s’égrène ainsi sous nos yeux ravis, dans la lumière caressante !
» Et soudain, voici qu’entre Our’lana et Sidi-Rached, je suis transporté, par cette vision merveilleuse, à quelques années d’aujourd’hui, alors que j’allais, vers les rives sacrées d’Hellénie, accomplir le plus saint des pèlerinages. Et il me semble que je vois, une fois de plus, surgir, des flots égéens, dans la pourpre du jour mourant, les corbeilles d’or des Cyclades.
» Partout, de M’rayer jusqu’à Touggourt, j’ai entendu, autour de moi, le bruissement joyeux des palmes, partout à la lisière des jardins, j’ai vu les maisonnettes de « tob » sourire au grand soleil qui les dore. Je voudrais, de ce spectacle enchanteur, de cette Afrique insoupçonnée, fixer ici le souvenir inoubliable.
» Et maintenant, voici Touggourt, la sablonneuse et la fière. C’est d’abord la vision de deux blancs minarets, hardiment profilés sur l’azur interni, qui frappe nos prunelles avides de connaître la capitale étrange, encore un peu sauvage de l’Oued R’hir !
» Puis, tranchant sur la neige du sable, nous distinguons la verdure imprécise de ses palmiers. Lentement, l’amas de ses maisons basses, les unes grises, les autres d’une blancheur douteuse, se dessine. Elles sont dominées de-ci, de-là, par les coupoles que des mains frustes, plus habiles à dresser la tente qu’à pétrir et ordonner les briques de « tob », arrondirent au petit bonheur.
» Ce serait presque une déception, si tout à coup le soleil n’eût atteint l’horizon. Avec une lenteur glorieuse, il sombre derrière les dunes occidentales et j’assiste à une transformation féérique de la vieille cité saharienne, jadis si ardente, si belliqueuse, et qui dort aujourd’hui d’un sommeil farouche, sur sa colline de sable fin. Le gris terne de ses maisons à terrasses est devenu rose ; ses deux minarets sont, l’un violet, l’autre lilas, et pareils à des améthystes, étincellent ses koubbas.
» Oui, certes, sous le manteau divinement bariolé que lui font toutes les délicates nuances du couchant, Touggourt est bien la sultane hautaine du Désert, qui, si longtemps, refusa de courber la tête. »