— Alors, fit-il, vous allez d’ici dans l’Oued Souf ?

— Oui.

— Eh bien ! qu’Allah vous protège et facilite le noble but que vous poursuivez. Tous mes vœux seront avec vous, et je vous conseille de prendre pour guide, s’il y consent, un jeune commerçant soufi que, sans doute la bonté divine envoie pour vous à Touggourt, car il n’y vient que rarement. C’est l’aimable Si Ahmet-ben-Belkacem qui a connu Isabelle Eberhardt pendant son séjour à El-Oued.

» Il se trouvait avec elle et le vénérable Si El-Hachmi, le cheik kadrya des Amièches, dans la maison où le Tidjania Abdallah-ben-Lakhdar essaya de l’assassiner. Isabelle Eberhardt était en train de lui traduire, du français en arabe, une lettre de commerce, quand le fanatique se jeta sur elle et lui porta le premier coup. C’est un jeune homme sympathique, d’une famille estimable et riche et qui possède des maisons de commerce ici, à Biskra et à Guémar, dans le Souf.

— Mais consentira-t-il à me servir de compagnon, fis-je, déjà tout pâle à l’idée qu’il pourrait s’y refuser.

— Je l’espère d’autant plus qu’il doit avoir des affaires à régler présentement dans sa maison de Guémar.

Et avec son bon sourire :

— Je me charge d’ailleurs de l’y décider.


Ce soir-là même, j’étais présenté à Si Ahmet-ben-Belkacem, et le lendemain, nous prenions ensemble la route du Souf.