Tout en cheminant au pas lent, mais régulier de nos mules, à travers les dunes immaculées, je lui confiai que le but principal de mon voyage était la recherche d’un manuscrit écrit par la célèbre morte et qui, d’après moi, devait traîner, avec d’autres papiers sans doute, dans quelque coin d’El-Oued.
— Ah ! fit le jeune Soufi, quelque peu stupéfait.
Puis ayant réfléchi deux minutes :
— Si Mahmoud, en effet, n’écrivait pas beaucoup, pas du tout même, pendant les premiers temps de son séjour à El-Oued, mais vers la fin, elle ne faisait que cela.
Toutes les heures qu’elle ne passait pas à courir les dunes à cheval ou en compagnie des vagabonds et des chasseurs de la tribu des Rebaya, elle les employait à noircir papiers sur papiers. Même quand elle errait à travers les oasis, elle avait toujours sur elle, dans la poche de son « saroual » ou dans le capuchon de son burnous, un crayon et un carnet. Et tantôt sur la crête d’une dune, tantôt au bord d’une tombe, dans un cimetière arabe, tantôt encore sur la margelle d’un puits, ou à l’ombre d’un palmier, elle sortait l’un et l’autre, s’asseyait et, pendant des heures entières, sa main blanche faisait marcher le calam.
Elle écrivait aussi, sans se fatiguer, dans le petit café maure de Belkacem-Bebachi, près de la Kasbah, où elle allait souvent, avant le moghreb, prendre son kaoua. Un jour que je m’y trouvais avec elle, je me permis de lui dire :
— Si Mahmoud, si j’en juge par toutes les lettres que tu écris, tu dois avoir beaucoup de parents et d’amis dans ton pays.
Si Mahmoud parti d’un éclat de rire qui fit tressauter les petites tasses de porcelaine dans l’oudjak. De la voir en cette gaîté débordante, Belkacem Bebachi, le kaouadji, se prit à rire à son tour et, comme lui, sans savoir pourquoi, les spahis et les souafa, qui se trouvaient là, éclatèrent à leur tour ; alors, de mon côté, j’en fis autant.
Quand tout le monde eut assez ri :
— Mais, mon brave Belkacem, fit-elle, ce ne sont pas des lettres que j’écris.