Elle était encore très pâle et souffrait un peu de son bras qu’elle ne pouvait trop remuer.
— Belkacem, me dit-elle, je pars demain, n’aurais-tu pas dans tes magasins quelques caisses vides où je pourrais enfermer certains effets ?
— Si Mahmoud, lui répondis-je, tout ce qui est à moi est à toi, toutes mes caisses avec tout ce qu’il y a dedans.
Elle sourit tristement, me serra la main et me dit :
— Merci, Belkacem, tu es un bon cœur, je le savais, et je le sais encore plus maintenant. D’ailleurs, il y en a tant, ajouta-t-elle, en ce pays que je vais quitter, la mort dans l’âme, et peut-être pour ne plus y revenir.
Et Sidi, vous ne le croirez peut-être pas, elle que j’avais toujours vue, sous le burnous, plus virile qu’un Bédouin, elle pleura, oui, elle pleura comme une femme qu’elle était. Une heure après, je vins chez elle avec un de mes domestiques, lui apportant les caisses vides demandées et, comme Si Ehni n’était pas encore rentré, qu’elle était seule et ne pouvait faire grand chose de son bras, je lui offris mon aide et celle de mon serviteur. Elle accepta. A ce moment, Si El-Houssine arriva, et voulut mettre la main à l’ouvrage, lui aussi. Nous enfermions dans les caisses tout ce que Si Mahmoud nous donnait. Quand ce fut fini, tout emballé, les caisses même clouées, j’avisai, dans le recoin d’une chambre obscure, une paire de belles bottes marocaines presque neuves, celles-là mêmes qu’elle portait au sombre jour de Behima, et une ceinture bleue de tirailleur, le tout pêle-mêle au milieu d’un tas de papiers noircis.
— Et ça, demandâmes-nous à Si Mahmoud, qu’en faisons-nous maintenant ?
Si Mahmoud ne répondit pas, mais prenant les bottes, elles les mit dans les mains de Si El-Houssine :
— Ami, dit-elle, je ne les chausserai guère plus maintenant ; aussi, vous les ai-je réservées afin que vous pensiez à moi en les mettant, quand vous monterez à cheval pour vagabonder au Désert.