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Dors en paix, douce Isabelle, sous les palmiers d’Aïn-Sefra ! Pour toi, je suis tenté d’implorer le sable d’or qui te recouvre, de même que Méléagre de Gadara implora le sol de l’Hellade pour son amante fauchée, comme toi, par la Mort en son printemps :
Terre d’Afrique, sois légère
A celle qui a si peu pesé sur toi.
Oui, dors en paix, et puisses-tu, sous les fleurettes de ta tombe, ouïr les fières et pieuses paroles du bon caïd de Touggourt :
« Bien que morte à l’aurore de sa vie, tant qu’il y aura des nomades poussant leurs chameaux étiques chargés de misère depuis les oasis figuiguiennes jusqu’aux dunes de l’Oued Souf, sa mémoire ne périra pas ».
Dors en paix ! Issue comme une reconnaissance éternelle du Désert que ta plume a glorifié, la Légende, harmonieuse, impérissable, attend ton âme au seuil des siècles futurs. Peut-être même, en ces jours lointains, seras-tu la djinia bienfaisante, la fée clémente et subtile dont le pastour saharien implore les grâces pour son troupeau. Tu guériras sa brebis malade, tu rendras sa chèvre féconde, et la nuit, à cheval sur un rai de lune, tu souriras, dans leurs rêves, aux chameliers endormis.
Ou peut-être encore, sous ton nom de jeune fille poétiquement arabisé, tu deviendras la sainte, la Lella vénérée, qui repose dans la blanche koubba désertique, à l’ombre du solitaire dattier et où, entre deux étapes, viendront s’agenouiller tous les sublimes pouilleux que tu chantas.
O toi, la Bonne Nomade, dors en paix, sous les palmiers d’Aïn-Sefra.
FIN