MEKTOUB !… C’ÉTAIT ÉCRIT !…

En ce temps-là, qui n’est pas encore bien lointain, quand les enfants bruns de Tunis-la-Blanche voulaient rendre hommage à la beauté de l’un d’entre eux.

Et de fait, il n’y avait pas, dans tout le Souk, des étoffes dont son père était « amin », d’adolescent plus parfait.

— Il est beau, disait-il, comme le jeune Omar-Hamidou-ben-Tayeb, le brodeur.

Sous son turban fleur de pêcher, ses yeux larges, abrités par des paupières aux longs cils, avaient l’éclat du diamant noir. Jamais regard plus limpide n’éclaira traits plus fins et plus doux. Son nez, ses lèvres surtout, eussent désespéré les plus habiles miniaturistes d’Ispahan. Son teint pâle et mat était celui que l’éloquente Shaharazade donne au visage de ses éphèbes et de ses vierges, quand elle veut emplir, de rêves lascifs, le sommeil de son terrible sultan.

Mais sur ses joues et à son menton, frisottait soyeuse et légère, une barbe, qui, sans nuire à l’incomparable douceur de ses traits, leur donnait la virilité suffisante au poète :

Pour porter fièrement la honte d’être beau.

Quand, dans sa boutique minuscule du Souk peinte et dorée comme le mokam d’un saint marabout, la tête penchée, l’aiguille à la main, il brodait, sur des étoffes chatoyantes, les fleurs de son rêve, les vieillards s’arrêtaient pour le contempler, et on les entendait murmurer entre eux : Ainsi devait être, en son printemps, Haroun-el-Raschid, qui, avant de devenir le plus grand khalife, fut le plus beau des adolescents, auxquels avaient jamais souri les roses, dans les jardins de Bagdad.

Et les touristes qui, à l’ombre odorante des bazars, promenaient leur curiosité insolente et niaise, restaient de longues, trop longues minutes à dévisager le jeune brodeur importuné.

— Le Christ à vingt ans ! disaient la plupart — les peintres surtout — pour résumer l’impression que leur donnait cette exquise figure orientale.