Les pâtes de guimauve que les marchands enturbannés étiraient, tout en déambulant, prenaient des blancheurs et des roseurs idéales qui faisaient saliver les « yaouled », ces bambins arabes si jolis et si gentils sous leurs chéchias drôlatiques.

Les marchands de graines de courges avaient l’air de troquer des sequins d’or contre de la menue monnaie de cuivre.

Et la citronnade que les Siciliens vendaient aux gens altérés, étincelait dans les carafes comme du champagne.

Les vociférations gutturales des uns, Maltais, Tripolitains ou nomades, et le parler zézayant et doux des hommes de Palerme et de Messine, loin de se choquer en une cacophonie lamentable, s’harmonisaient, sous la magie de ce soleil radieux, comme les visages et les costumes.


Un peu de cette universelle griserie, à laquelle nul ne parvient à se soustraire, puisqu’elle émane de Dieu, s’était emparée du jeune Hamidou. Et il allait, non moins joyeux que ses amis, éprouvant après les privations et l’austérité du « Rhamadan », une sorte d’animale béatitude à se laisser emporter par la houle de ce peuple en fête.

Ils passaient d’un café maure à un autre, écoutant les conteurs, s’attardant devant les bateleurs aïssaouas et aussi devant les charmeurs de vipères. Il consentit même à les suivre dans le taudis de Karagueuz ; mais ces naïves et effroyables obscénités le révoltèrent. Comme, au contraire, ses amis s’amusaient beaucoup, il les quitta et reprit seul sa promenade à travers la place Halfaouine.

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« … Entrez, entrez, nobles seigneurs et jolies madames, venez voir les extraordinaires aventures du véridique Pulcinello. Mes « pupazzi » sont les meilleurs de notre belle Sicile. Avant de faire la joie de Tunis, ils ont fait les délices de Palerme et de Messine. Que dis-je ? Madone du Ciel ! Ils ont soulevé l’admiration des Napolitains difficiles, et on les a applaudis jusque dans Sorrente la Magnifique. Entrez, entrez, nobles seigneurs et jolies madames, pour cinq sous seulement vous verrez les extraordinaires aventures du véridique Pulcinello. Entrez, entrez, on commence dans cinq minutes… »