Ce jour-là, dans le drame ainsi popularisé du grand tragique, elle fut une Juliette incomparable.

Bouche bée, les prunelles élargies par l’extase, ils écoutaient, ces hommes et ces femmes du prolétariat vagabond, aux frustes allures, mais dont le cœur est pareil à l’or dans sa gangue. Ils bavaient de rire, ces exilés de la verdoyante Sicile, en les veines desquels coule encore le sang des pâtres et des vignerons qui suivaient le cortège du bouc antique en chantant des chœurs alternés d’où sortirent la comédie et le drame.

Un frisson passait sur les épidermes rudes, le frisson du beau qui ne doit rien aux artifices des hommes, mais s’exhale, naïf et superbe, des entrailles mêmes de la Nature.

Et dédaigneux de tout snobisme, ils pleuraient, sanglotaient sans songer à réfréner leurs sanglots ni à essuyer les grosses larmes perlant aux coins de leurs paupières.


Et voici que le jeune Hamidou se mit à pleurer comme ses voisins, remué jusque dans le tréfond de son âme musulmane, car le génie a des accents qui subjuguent les religions et les races.

Telle était l’émotion de la salle entière que nul ne remarqua combien la Madalena s’obstinait à regarder, en jouant, vers le coin où le jeune brodeur s’était glissé, sans être aperçu de quiconque.

Lui-même, à travers ses cils mouillés, ne vit pas d’abord ce manège.

Mais bientôt, devant la flamme de ses prunelles, le cœur battant, l’âme captée, il dut baisser ses paupières.