Elle semblait vraiment ne jouer que pour lui, et la passion qu’elle rendait en prenait des accents d’une humanité plus poignante.
En vérité, la beauté du jeune Hamidou, par un charme connu de Dieu seul, avait conquis la tragédienne.
Et ceux-là mêmes qui d’ordinaire l’écoutaient, son mari même, le Roméo de la pièce, trouvèrent qu’elle ne fut jamais aussi pathétique.
De son côté, Hamidou sentit bien que la Sicilienne cueillait son cœur avec la fleur de son amour, et il frémit comme frémissent les belles roses écarlates que l’on détache de leur tige.
Il frémit, car sur les planches de ce théâtre de faubourg, il vit surgir sa destinée, tandis que les paroles du vieil Abdallah alternaient, dans son oreille, avec la clameur passionnée de la tragique Juliette.
Et quand la toile tomba, la sueur au front, les mains brûlantes, il se surprit à murmurer le mot sacré qui contient toutes les résignations de sa race :
— Mektoub R’hibbi…
— Mektoub R’hibbi, murmurait-il encore en remontant, sans même s’enquérir de ses amis, vers Bab-Ménara, où logeait son père, l’amine.
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