Il dormit peu, cette nuit ; et son sommeil fut plein de la Madalena.
Il revit sa beauté simple et superbe, illuminée par son génie sous le casque sombre de sa chevelure. Il sentit, sur les siens, la caresse de ses yeux de flamme.
Il entendit ses soupirs d’amour, ses cris de passion, et il savoura plus encore la joie de les savoir jetés pour lui seul, parmi la salle entière, frémissante. Et il pleura dans son rêve comme au théâtre.
Le lendemain, en s’éveillant, il lui sembla que cette femme inconnue la veille, était depuis toujours dans son existence. Et quand il descendit au Souk, sa miniature de boutique, avec ses étoffes aux chatoyantes couleurs, lui parut éclairée et agrandie par la lumière de son sourire.
Il se remit avec plus d’ardeur que jamais à la broderie commencée, et son aiguille fit des miracles. Alors il regretta que la Madalena ne fût pas de sa religion et de sa race. Oh ! les beaux « famillas », les délicieux « a’laïls » qu’il aurait brodés pour la rendre encore plus belle et plus désirable !! !
Et il n’apercevait même plus les clientes énamourées, qui s’attardaient dans sa boutique, le frôlaient et le brûlaient de leurs regards, sous les voiles.
— « Comment la revoir ? songeait-il. Et son front se rembrunit quelque peu à la pensée que le théâtre du signor Vittorio Monte-Léone, ne jouant que le jeudi, le samedi et le dimanche, il lui faudrait attendre quatre longs jours, pour s’emplir les yeux de sa beauté et les oreilles de sa voix divine. Et ces quatre jours lui apparurent comme des siècles.
Non, certes ! il n’attendrait pas jusque-là, et il trouverait bien le moyen, en y réfléchissant un peu, de la voir avant la prochaine représentation théâtrale.
Et tout à coup, l’idée lui vint, inspirée sans doute par le djin qui veille aux amours des hommes, que la Madalena n’attendrait pas, elle aussi, jusque-là pour le revoir, et qu’elle viendrait, qu’elle allait venir au Souk des étoffes.
Et comme un peu pâle à cette pensée, il levait les yeux, il la vit debout devant son échoppe, un sourire lumineux aux lèvres.