— Contente-toi, murmura-t-il, de faire couler de douces larmes à ceux qui t’écoutent.
— Alors, vraiment, tu as pleuré toi aussi, hier, à Roméo et Juliette.
— Oui, et encore toute la nuit en t’écoutant et te voyant dans mon rêve.
— C’est vrai, fit la Madalena devenue tout à coup rêveuse et comme se parlant à elle-même, il a pleuré, je l’ai vu, et lui abandonnant sa main qu’il cherchait :
— Ah ! si au lieu de Vittorio, mon époux, tu avais été Roméo, comme j’aurai joué mieux encore.
Et il y eut entre eux un nouveau silence.
Le jeune homme était devenu très pâle en apprenant ce à quoi il n’avait pas osé arrêter sa pensée, que la Madalena se trouvait sous la puissance maritale, et que son maître et seigneur était le directeur même du théâtre sicilien d’Halfaouine.
*
* *
Un bien singulier personnage que le Signor Vittorio-Emmanuele Monte-Léone, et qui, la quarantaine dépassée, pouvait se vanter d’une existence tourmentée et pittoresque.