Elle se tourne vers Roumana avec anxiété, guettant un secours. Celle-ci me répond à sa place:
—Elle parle mal parce qu'elle a été trop petite à l'école.
—Quel âge a-t-elle donc?
—Treize ans.
—Et son mari?
—Dix-sept ans.
À ce moment précis Salma éclate en sanglots et, comme à un signal donné, les vieilles femmes se lèvent en tumulte, s'agitent, parlent avec volubilité, me racontant quelque chose que, naturellement, je ne saisis pas. On dirait un chœur de sorcières. De ce concert, dont les glapissements des enfants bien exercés sont le fond, partent des gémissements rauques et des cris déchirants: Abla se fait remarquer par une aptitude particulière dans cet exercice.
—Il est en prison, me confie Roumana.
—Qui ça?
—Tu dois savoir, Negib, le mari de Salma.