Mansour, la regardant avec douceur, lui tient un long discours que je ne comprends pas, puis il s'en va. L'enfant, après un coup d'œil confus à sa robe, sans doute sa robe de tous les jours, me prend la main: «Tu es fatiguée? Viens reposer.» Et elle m'entraîne vers une grande salle aux fenêtres closes.

Quand je suis installée, très bien installée, sur une sorte de divan bourré de coussins, elle m'apporte de l'eau de la fontaine et un verre de khouchaf, sirop de raisins, d'abricots et d'oranges, puis elle s'assied à mes côtés en riant. J'entame la conversation:

—Comment t'appelles-tu?

—Roumana.

—C'est un nom aussi joli que toi.

—Non, c'est toi...

—Moi, je m'appelle Paule.

Elle avance drôlement la lèvre et répète docilement.

Elle fixe sur moi un grand regard interrogateur, mais elle ne parle pas. Elle attend sans doute que je la questionne. Et moi je suis presque intimidée: comment faire pour mettre en confiance cette jolie créature enfantine, comment lui faire comprendre la sympathie qui me porte soudainement vers elle?

—Le grand Arabe qui m'a conduite vers toi, est-ce ton père?