— Le comble de quoi ? rugit-il d’une voix tonnante. Que veulent dire ces paroles ambiguës et pleines de rancune ? Vous n’avez rien à me reprocher, entendez-vous, rien à reprendre dans ma conduite envers vous. Il faut que vous ayez perdu la tête pour oublier ainsi le respect que vous me devez ! Que s’est-il donc passé dans ma propre maison ? Qui a pu monter ainsi ma fille contre moi ? Est-ce vous, Ursule ?
La vieille fille qui, depuis le commencement de la discussion, ne cessait de trembler et cherchait vainement à intervenir, blêmit sous cette accusation.
— Moi ? balbutia-t-elle éplorée. Oh ! Paul, pouvez-vous le croire ? Cette enfant n’a pas voulu vous offenser, j’en suis sûre. Calmez-vous, je vous en supplie, je la raisonnerai.
— Eh bien ! faites-le donc si vous le voulez dès maintenant, dit le colonel en se levant et en jetant sa serviette sur la table, car pour moi, je deviendrais fou, s’il me fallait discuter plus longtemps avec cette insensée.
— Mais, Paul, vous n’avez pas fini de dîner. Il y a du raisin encore, du beau raisin muscat que vous aimez, il y a du raisin, restez, supplia Ursule désolée.
Le colonel, qui ne l’écoutait pas, quittait déjà la salle. Alors la vieille fille, regardant tristement Laurence, osa lui adresser une timide remontrance :
— Ma chérie, ma pauvre chérie, dit-elle avec douceur, vous n’êtes pas raisonnable.
La jeune fille l’interrompit tout de suite :
— Taisez-vous, Ursule, je ne suis pas en état de vous entendre.
A son tour, elle se leva, porta à ses lèvres, non sans en répandre la moitié, un verre d’eau qu’elle vida d’un trait.