Laurence demeurait insensible à ces railleries. Elle murmura très bas, avec une expression douce et hagarde :
— En effet… oui… quelque chose d’urgent… je vais leur redemander mon âme.
Cette fois, Juliane, calmée brusquement, la crut folle. Elle prit le ton condescendant d’une grande sœur, gourmandant une enfant déraisonnable.
— Oui, je comprends, dit-elle. Mme de Clet est partie ce matin. Vous avez de la peine. Mais, ma pauvre petite, la vie nous envoie chaque jour une épreuve nouvelle qu’il convient de supporter stoïquement. L’accomplissement du devoir quotidien, si mesquin soit-il, est le meilleur remède aux pires chagrins. Tenez, nous allons ranger tout cela à nous deux. Ne pensez plus à vos chimères. Ce soir vous serez déjà mieux.
Laurence secoua la tête.
— Non, Juliane, c’est là-bas seulement que je puis guérir. Ne me grondez pas. Laissez-moi partir. Merci, vous êtes bonne. Oh ! vous l’avez toujours été pour moi.
Dans un geste de subit abandon, inclinant sa tête sur l’épaule de sa belle-sœur, elle l’embrassa. Et son visage était si triste que Juliane, émue malgré sa sécheresse, se retira sans dire un mot.
XII
Et, l’esprit égaré, il s’en alla, emportant son supplice et son cœur furieux.
Homère.
Partie à l’aventure, Laurence dut attendre pendant trois heures à la gare de Lyon avant de trouver un train qui se forma péniblement, partit avec un retard considérable, et, non content de s’arrêter à chaque station, stoppa plusieurs fois en pleine campagne, flânant et se traînant, comme s’il n’avait aucun but, aucun espoir d’arriver jamais nulle part. La jeune femme n’atteignit Fontainebleau qu’à neuf heures du soir, et là, seuls l’accueillirent, au sortir de la gare, la nuit triste et le rude hiver.