Edith ne l’entendit pas. Son cœur défiant, timide et sage, débordait ce jour-là d’enthousiasme et d’amour.

— Je voudrais que tu le connusses, reprit-elle avec ferveur. M. de Sérannes comprend ta chère forêt en poète, en artiste. Elle l’a, cette année, littéralement ensorcelé. Il ne peut se résoudre à la quitter, car il trouve, comme toi, qu’elle est bien plus belle en hiver que durant les autres saisons. Oh ! vous avez les mêmes goûts et je suis sûre qu’il te plairait.

— Non, vraiment, je ne le crois pas, dit Laurence d’un air inexorable, car tu m’as dit qu’il adorait la chasse.

Mme Heller éclata de rire.

— Mon Dieu ! dit-elle, est-ce donc un crime si noir à vos yeux ? Avez-vous pour toutes les bêtes, pour la douce biche, pour le sanglier même, des entrailles de sœurs, et les Nemrods de ce monde sont-ils pour vous des assassins ? Quelle petite fille sensible ? Passez-moi, chérie, une cigarette, et je vais vous faire un aveu, au risque d’encourir votre éternel mépris : j’aime beaucoup, oh ! mais beaucoup, la chasse à courre.

Et elle s’étira avec la mine béate et féroce du chat qui vient de manger un oiseau.

— Cela ne m’étonne pas, murmura Laurence en soupirant. Vous êtes cruelle, au fond, chère madame, je le sais bien.

Mme Heller souriait. Ce reproche, quoique juste, n’ébranlait pas sa vanité tranquille, car elle était persuadée que les plus condamnables défauts devenaient chez elle qualités, charmes et perfections.

— Cruelle, mignonne ? Expliquez-vous, dit-elle avec sérénité.

— Mais, madame, c’est tout simple, vous êtes très coquette et la coquetterie est une cruauté.