— Comment trouvez-vous ma petite fille ? dit-elle sèchement. Affreuse, n’est-ce pas, et stupidement attifée ?
— Mais, madame, au contraire, répondit Laurence, ne voyez-vous pas combien elle est jolie ? Une véritable beauté !
Edith rougit de plaisir.
— Maman n’est pas de ton avis, dit-elle timidement. Nous nous sommes fâchées toutes deux ce matin à propos de ma coiffure.
— Elle est ridicule, ma pauvre petite, et pas du tout moderne.
— Cela ne fait rien, si elle me va. M. de Sérannes l’a trouvée charmante.
Mme Heller eut un rire strident.
— Voilà une belle autorité, riposta-t-elle avec une ironie méchante. Si tu plaçais un chaudron sur ta tête, M. de Sérannes t’en ferait compliment. Il remplit son rôle de galant homme, mais sois sûre que dans son âme il s’est moqué de toi. D’ailleurs, ce n’est point seulement ta coiffure que je trouve grotesque. C’est aussi cette robe fade, ingénue, sans chic, sans ligne, que tu as voulu commander toi-même. Et puis…, — sa voix devint plus acerbe encore, — je ne comprends pas qu’à ton âge tu mettes de la poudre et du rouge. Tu as l’air d’une grue, mon petit chat, tout simplement.
Laurence écoutait stupéfaite. La jalousie furieuse qui manifestement animait Mme Heller lui soulevait le cœur. Son dégoût fut plus fort que son amour.
— Grands dieux ! s’écria-t-elle, feignant la plus vive gaîté, comme vous êtes prude, chère madame !