Laurence n’entendit même pas cette question perfide. Absorbée dans son chagrin, le regard vague, oubliant l’être malveillant qui l’épiait, elle soupira :

— Je l’aimais tant ! je l’aimais tant !

Lucie Jaffin se fit plus suave encore.

— Oui, ma chère, oui, ma chère. Oh ! naturellement, je vous plains ! Pourtant Mme Heller n’était pas une amie pour vous. On s’étonnait même que le colonel vous permît de la fréquenter. Si vous m’aviez écoutée, je vous avais bien dit que cette femme était une rien du tout.

Mais sa compagne, qu’elle croyait abattue, incapable de se défendre, tourna soudain vers elle un visage terrible.

— Je vous défends, entendez-vous, d’insulter Mme Heller en ma présence, s’écria Laurence avec colère, car je ne rougis aucunement de mon affection pour elle. Je n’ai honte que d’une seule chose, c’est d’avoir écouté trop longtemps un être aussi méprisable que vous !

Lucie Jaffin, lâche et servile autant que méchante, baissa la tête sous cet affront. Elle n’oubliait point que son père dépendait du colonel Dacellier et respectait en sa compagne la fille du chef. Atterrée, confondue, elle balbutia pitoyablement des excuses. Laurence, inflexible, la repoussa et, glissant à travers les groupes des élèves attardées, elle sortit du cours.

Dehors, sa colère s’apaisa, son chagrin la reprit. Elle fit presque en courant le trajet qui la séparait de sa maison.

Ursule, qui la croisa sur le palier du premier étage, s’immobilisa stupéfaite à l’aspect de son visage :

— Grand Dieu ! mon enfant. Qu’avez-vous ? qu’est-il arrivé ?