Laurence inclina la tête, en riant de cette politesse qui resta d’ailleurs sans écho.
— Hé ! quoi, vous ne trouvez plus rien à dire, reprit Gaston Noret, en lui jetant un regard de mépris. O marraine peu libérale ! Je prendrai donc votre place si vous le permettez. Par la vertu de ce champagne, j’accorde à ma filleule le don le plus précieux qui soit au monde, n’en déplaise à M. Hecquin : la beauté ! Je lui octroie en outre la gaieté.
— Avec la fantaisie, ajouta Laurence, la fantaisie est à la gaieté ce que la couleur et le parfum sont à la rose, le rythme à la poésie.
— Accordé ! En outre, je voudrais voir se développer chez notre jeune Monique ces penchants naturels que le vulgaire appelle vices, et moi qualités inestimables : la gourmandise, qui se réjouit des festins ; la paresse, qui nous fait apprécier la sieste, le repos, et nous préserve de l’ennui ; la luxure…
— Assez ! s’exclamèrent en même temps Mlle Drevain et Hecquin.
— Me voilà bien, gémit André avec un désespoir comique. La honte est entrée dans ma maison, avec cette enfant pourvue de tous les vices.
— Par respect pour ce père vénérable, dont l’intelligence est obscurcie par les préjugés de l’âge, je termine, conclut Gaston Noret, en priant simplement les dieux d’être propices à cette enfant et en buvant à sa santé…
Les coupes tintèrent en s’entre-choquant. Laurence eut bientôt vidé la sienne que Gaston Noret remplit de nouveau avec empressement.
— Eh bien ! demanda le peintre, ce vin n’est-il pas bon, cette heure douce et joyeuse ? Direz-vous encore que la vie est mauvaise, que c’est un triste cadeau à faire ?
— Je le dis, je le crois, je le jure et l’atteste, riposta Laurence gaiement. Mais comme j’aime la vérité, je conviens que ce vin est chose agréable.