— Rendez-lui donc un juste hommage en le buvant sans retenue. Il vous fera oublier vos soucis, si vous en avez.

— D’innombrables.

— Lesquels ?

— Celui-ci, celui-là, cet autre ! Quand ce ne serait que la santé de mon père, dit-elle en s’attristant.

— C’est bien ce que je pensais, s’écria le peintre, vous prenez tout du mauvais côté. Pourquoi ne pas espérer qu’il guérira, c’est votre devoir, et, d’ailleurs, si le colonel est souffrant, André est bien portant, Juliane aussi, moi aussi. Pourquoi ne pas vous enivrer du spectacle de notre bonne santé ?

Laurence haussa légèrement les épaules et Gaston Noret reprit d’un ton convaincu :

— Au fond, vous êtes une égoïste. Je ne vous le reproche pas, d’ailleurs, car je le suis aussi, mais d’une façon plus sensée. Ainsi, par exemple, je ne m’afflige nullement de voir quelqu’un malade ou malheureux. Mais je me réjouis pleinement du bonheur ou de la bonne santé de mes semblables.

— Ah ! nous ne saurions nous entendre. Vous serez toujours fou pour moi et moi, à vos yeux, toujours folle.

Et comme ce verbiage commençait à l’ennuyer, elle se leva et prit congé.

Lorsqu’un peu plus tard, elle entra chez son père, pour lui souhaiter le bonsoir, il l’accueillit par un reproche.