Vers la fin du repas, Paul Dacellier interrompit sa lecture et, s’adressant à sa fille, il dit, de sa voix brève, où vibrait tout à coup une amère ironie :
— Il ne faut pas cependant que j’oublie de vous annoncer une nouvelle : votre frère se marie.
Laurence releva la tête :
— Ah ! dit-elle avec une indifférence qui fit sourire son père.
Mais le bon visage effaré d’Ursule Tampin s’illuminait :
— Vraiment ? s’écria-t-elle ravie. C’est une chose décidée ? Quel bonheur ! André a vingt-cinq ans, n’est-ce pas ? C’est un bon âge. Vous devez être bien content.
Elle s’arrêta soudain, déconcertée par le regard glacial du colonel, et elle balbutia timidement :
— Je pense… j’espère que ce mariage a votre assentiment ?
— Mais oui, ma chère, reprit Paul Dacellier, du même ton railleur et sec. Tout s’est passé très correctement. Sur la prière de mon fils j’ai écrit à la tante de la jeune fille pour demander sa main. Elle est orpheline, grande fortune, un beau parti. Tout cela me touche fort peu. Les fiançailles ont eu lieu hier et André m’annonce aujourd’hui que la date du mariage est fixée au 8 février. Voici la lettre de votre frère, Laurence, et la photographie de votre future belle-sœur, ajouta-t-il en retirant de son portefeuille une enveloppe qu’il jeta sur la table.
Laurence examina curieusement le portrait d’une jeune femme grande, mince, aux traits réguliers, qui, debout, la tête inclinée, respirait une rose, dans une pose un peu affectée, mais gracieuse.