— Elle est jolie, dit-elle au bout d’un instant en passant la photographie à Ursule.

— Oh ! charmante, charmante ! déclara la vieille fille avec admiration ; comme elle est bien coiffée ! Elle est brune, je pense. Quel âge a-t-elle exactement ?

— Vingt-deux ans, répondit le colonel. Elle s’appelle Juliane Drevain. Juliane ! Je ne connais pas de nom qui me soit plus antipathique !

… Vous voyez, ajouta-t-il, lorsque sa fille eut pris connaissance de la lettre d’André, vous voyez que votre frère compte sur vous pour être sa demoiselle d’honneur et qu’il nous invite tous trois fort chaleureusement à son mariage. Je resterai chez moi. Vous vous chargerez donc, vous et Ursule, de représenter la famille. Il faudra dès demain vous occuper de vos toilettes.

— Certainement, dit Ursule avec déférence.

Mais le visage de Laurence exprima tout à coup la plus vive contrariété.

— Je vous en prie, s’écria-t-elle, en s’adressant à son père avec véhémence, dispensez-moi d’une telle corvée. Si vous vous abstenez d’assister à ce mariage, je puis comme vous, ce me semble, décliner l’invitation de mon frère.

Le colonel, tressaillant d’impatience, la regarda sévèrement.

— Vous savez bien, Laurence, riposta-t-il vivement, ce qu’André est pour moi. J’ai juré à sa mère de lui pardonner. S’il était malheureux, si je pouvais lui être utile, vous me verriez aller à lui. Mais je ne pense pas que la présence d’un père qu’il a si profondément offensé et dont il est toujours séparé lui soit fort nécessaire.

— Non, pas plus que la mienne, repartit Laurence. Il ne se soucie guère de nous, j’en suis sûre, et de moi pas plus que de vous. Je ne vois pas pourquoi vous m’imposeriez d’aller à ce mariage.