— Parce que je le trouve convenable et que j’en ai décidé ainsi, répondit le colonel d’un ton cassant. Il est inutile de discuter !

Et, jugeant l’incident clos, il commença de déguster un sorbet au kirsch, chef-d’œuvre culinaire d’Ursule. Laurence se contint un instant, hésitant devant la lutte qu’elle allait engager. Mais l’impétuosité de son caractère l’emporta sur sa crainte.

— Eh bien ! non, décidément, je n’irai pas, dit-elle soudain, sans oser cependant regarder son père.

La foudre tombant aux pieds d’Ursule ne l’eût pas effrayée davantage. Son visage imprécis et pâle, qui semblait fait de nuages, de brumes ou de fumées, parut sur le point de se désagréger par lambeaux dans les airs. Elle saisit la main de sa jeune cousine et murmura d’une voix suppliante :

— Laurence, voyons, Laurence !

Déjà le colonel sursautait, et, tournant vers sa fille un visage indigné, il balbutia :

— Vous dites ?

— Je dis que, dès demain, j’écrirai à André pour le prier de chercher une autre demoiselle d’honneur, reprit Laurence en bravant la colère de son père. Je n’irai pas à ce mariage, je n’irai pas, je ne veux pas.

— Et depuis quand osez-vous dire je veux, je ne veux pas quand j’ai parlé ! s’écria le colonel avec éclat. Allez-vous maintenant imiter votre frère et me refuser l’obéissance qui m’est due ? Faudra-t-il que je voie mes deux enfants, l’un après l’autre, rejeter mon autorité et multiplier leurs offenses ?

— Ne me comparez pas à André, je vous prie, répliqua Laurence en s’animant. Je regrette de vous déplaire, mais pourquoi ne tenez-vous aucun compte de mes répugnances ? Vous savez bien que j’ai horreur des cérémonies, horreur du monde.