Dans notre petit clan de Français et d’amis de la France, nous voulons croire pourtant, croire quand même, que tout n’est pas fini, que des forces nouvelles vont entrer en ligne, que l’Amérique donnera enfin sa mesure, que le Japon...
Ah! le Japon! c’est le seul pays étranger dont on parle ici de façon un peu suivie, pour donner, d’ailleurs, les nouvelles les plus contradictoires.
Hier, malgré la tristesse de l’heure, quelqu’un de bien informé nous racontait que les Japonais vont tout sauver, qu’ils ont déjà huit divisions devant le lac Baïkal.
En attendant, les Allemands sont là.
Il faut s’attendre à les rencontrer partout, et en tenue, impérieux, hautains.
Le gouvernement bolcheviste,—on le comprend bien maintenant—n’a jamais cessé de les soutenir.
S’il y a, parmi les hommes qui semblent les maîtres, en ce moment, de la Russie, quelques sincères, quelques croyants, quelques apôtres, il y a surtout, et en nombre bien plus grand, des agents de l’Allemagne, vrais Russes ou faux Russes, qui n’ont jamais, en réalité, agi autrement que pour faire le jeu des Teutons.
10 mai.
Rester ici, quand on est Française, serait de la folie. Mais pour partir il faut de l’argent et mes fonds sont toujours à la Banque. Le gouvernement de Trotsky continue à mettre l’embargo sur tous les dépôts, dont il n’autorise le retour au propriétaire que s’il lui plaît.
Et il ne lui plaît guère.