Mirbach, l’ambassadeur d’Allemagne, vient d’être assassiné à Moscou.
Les journaux sont muets sur les détails du meurtre. On sait seulement que la veille, à une réunion à laquelle il assistait, il a été l’objet d’une manifestation franchement hostile.
Depuis quelque temps, du reste, les Allemands semblent mal à l’aise. Leurs journaux ont baissé de ton. Leurs nouvelles de la guerre semblent moins bonnes: eux qui ont tant chanté leurs victoires dans la Somme, leur écrasement des Anglais, leur marche triomphale, semblent craindre l’avenir. On dirait que leur belle avance risque de se briser comme une première fois sur la Marne.
Est-ce cela? Ils n’ont plus la même arrogance ici qu’au début. Ils ne l’ont d’ailleurs jamais eue bien grande. On dirait qu’ils ont toujours peur d’amener des complications.
Leur autorité hautaine ne se fait sentir véritablement que pour les questions d’argent.
Alors que toutes sortes de difficultés me sont faites pour retirer de la Banque un argent qui m’appartient, j’ai vu des Allemands se présenter, à côté de moi, à la même caisse et obtenir tout ce qu’ils demandaient.
A part cela, ils évitent tout ce qui pourrait amener un conflit et ont—même—je suis obligée de le reconnaître, un certain effort de courtoisie, par exemple dans les magasins.
J’en ai rencontré ainsi quelques-uns. Ils ont bien vu que j’étais Française, mais ils se sont effacés poliment.
Cet assassinat pourrait modifier bien des choses, à moins que... au contraire...
On dit que les bolcheviks, d’abord assez penauds, assez obséquieux devant les autorités allemandes, commencent à parler sur un autre ton.