Il paraît que c’est Trotsky en personne qui a imaginé cette double corvée. Et ce ne sera pas la seule.
Les gens qui dînent chez Contant et ailleurs, les habitués de Bi-Ba-Bo, tous ceux qui sont taxés de richesse ou de bourgeoisie sont visés et ils peuvent s’attendre à être réquisitionnés pour quelque besogne du même genre.
20 juillet.
Nicolas Romanoff est mort. L’ex-empereur a été fusillé à la suite de la décision prise par le Soviet, qui prétend avoir découvert un complot ayant pour but de faire évader la famille impériale. On crie la nouvelle dans les rues et aucun attroupement ne se forme, aucune émotion ne se lit sur les visages. Nitchevo. La Newsky conserve son aspect habituel.
Je suis écœurée une fois de plus. Seul mon concierge manifeste quelque trouble.
«Nicolas Romanoff niet», me dit-il en m’ouvrant la porte de l’ascenseur, et je lis clairement sur son visage ce qu’il pense, lui le bolchevik convaincu. «Comment, on tue le tsar sans le juger, comme un chien enragé, et c’est nous qui avons fait cela!»
Et comme c’est un brave homme, il se sent honteux.
23 juillet.
De la joie vraie... du soleil...
Les nouvelles de la guerre, enfin, sont bonnes, vraiment bonnes...