La Finlande est fermée, il n’y a pas moyen d’aller à Arkhangel, où vont se passer, paraît-il, de graves événements.

Je n’ai, quant à moi, pas perdu tout espoir, et, à la suite d’une conversation que je viens d’avoir avec le consul de Suède, j’ai entrevu un joint. Il n’y a plus à se faire d’illusions. Nous sommes en pays ennemi. Les ambassades de Vologda sont dirigées sur Arkhangel, où elles se sont embarquées.

A la mission, l’inquiétude règne sourde, imprécise. On s’attend à quelque chose qu’on ignore. Désormais, nous sommes séparés du monde civilisé. Trotsky a fait saisir les appareils de radio de la mission, pauvres appareils bien abîmés, bien imparfaits, mais qui, par intermittence, nous ralliaient un peu à la mère patrie.

Nous voici à l’entière merci des bolcheviks.

On dirait que les nouvelles de la guerre, qui tournent au désavantage des Allemands, les exaspèrent ces mauvais patriotes.

Leur jeu devient de plus en plus clair. Et je suis poursuivie par la phrase, que j’ai déjà notée, de Lounatcharsky, un des rares sincères, un des rares croyants de ce parti:

«Nous sommes la tête, une petite tête; mais vous verrez que la queue, qui sera formidable, entraînera tout le corps.»

Les événements marchent vite; depuis la mort de l’empereur, la terreur a recommencé. Les arrestations se comptent chaque jour par centaines et les bolcheviks restent au pouvoir, car il ne se trouve personne qui ose les chasser et qui soit capable de prendre leur place. Peuple vendu, sans aucune énergie, qui ne sait que parler, incapable d’aucun effort. Les Russes, vraiment, n’ont que ce qu’ils méritent.

4 août.

Depuis que nous sommes privés de la T. S. F., on connaît moins les nouvelles de la guerre. Mais il est facile de comprendre que tout continue à aller très bien.