Lorsque j’arrive au rendez-vous, je ne le vois pas. Peut-être est-il déjà parti. Je cours à la mission.

Je n’oublierai jamais ce moment. Je les trouve tous réunis dans le grand salon et en train de lire. Je crie aussitôt, en entrant:

«—Lelasseux est parti pour Moscou?

«—Oui.

«—Mais on arrête la mission en ce moment là-bas. Courez à la gare et empêchez-le de prendre le train.»

Un silence... Je regarde le commandant Hezard, qui jette un coup d’œil sur son livre. Personne ne dit mot. Puis nous descendons en hâte. Ils prennent mon isvotchik. Le commandant me serre fortement la main, et me dit: «Merci.»

En partant, je remarque des individus louches qui rôdent autour de la mission. L’un d’eux me dévisage. Je passe mon chemin et rentre chez moi, car je crains le pillage qui me semble imminent et veux mettre tous mes objets précieux en lieu sûr.

7 août.

J’ai passé une mauvaise nuit. Perpétuellement aux écoutes, redoutant le fatal coup de sonnette annonçant la perquisition. Quel sort nous réserve-t-on? Car certainement les bolcheviks prendront ici contre nous les mêmes mesures. Je vais aux renseignements. Le consul de Suède et l’ambassadeur des Pays-Bas m’affirment que, sauf le général de Lavergne, tout le monde a été remis en liberté à Moscou. Je n’ose le croire. N’est-ce pas une feinte d’Ouritzki, le commissaire de la justice, pour endormir nos craintes et nous arrêter plus facilement après? Il y a une semaine, il a publié une ordonnance priant les étrangers de se faire inscrire au commissariat de leur quartier.

On vient d’en comprendre la raison à Moscou et je crains bien qu’elle ne se fasse aussi bientôt comprendre ici.