Attendons!
21 août.
Je viens de l’ambassade, où j’ai trouvé le capitaine Lelasseux qui est revenu de Moscou spécialement pour organiser notre départ général.
La Finlande a accepté et on espère réussir à faire partir tous les Alliés. Le gouvernement nous réclame officiellement et, sur la demande des bolcheviks, permettra, en échange, aux Russes actuellement en France de regagner leur patrie. Néanmoins, on a encore arrêté cette nuit M. Verstraët, un des directeurs de la Banque russe-asiatique, ainsi que sa femme. On vit en se cachant et en se dissimulant chaque nuit dans une maison différente.
Cet après-midi, dans le tramway, un monsieur me salue très aimablement. Je le regarde d’un air étonné; il murmure tout bas un nom que je ne comprends pas; cependant il a l’air de fort bien me connaître. Nous parlons de choses vagues. Où donc l’ai-je vu? Impossible de m’en souvenir. Son visage m’est totalement inconnu.
Il s’approche davantage de moi et me dit: «J’ai rasé ma moustache et le costume de pékin me change.»
Je le regarde plus attentivement. Euréka! C’est le beau Tcherkess qui faisait la passion de toutes les femmes. Il est vraiment méconnaissable; ce costume ne lui va pas bien!
Il me raconte qu’il a été arrêté, mais qu’il a pu réussir à s’évader. Il part demain pour le Turkestan.
Un monsieur que je ne connais pas me tend la main en souriant pour m’aider à descendre du tramway. Vraiment, celui-là m’est tout à fait inconnu. J’ai beau chercher, je ne trouve pas. Il me dit: «Je suis le prince X....., j’ai laissé pousser ma barbe.» En effet, maintenant, je le reconnais. C’est bien le prince dont le visage se dissimule sous une barbe frisée et abondante. Cela devient un véritable jeu de devinettes.
22 août.