Chaque matin je me rends à la légation danoise, chargée de défendre les intérêts français. Aujourd’hui, il y a une grande effervescence dans le salon d’attente.

M. Verstraët a été remis en liberté. Il raconte son entrevue avec Ouritzky. Je lui laisse la parole:

«Ouritzky, dit-il, est maigre, petit, souffreteux. Il se balance en marchant. Il m’a reçu très aimablement et à la question que je lui posai: Pourquoi suis-je arrêté? Il me répondit en me montrant plusieurs dénonciations.

On m’accusait d’avoir envoyé des fonds pour soutenir les Tchèques.

«—Si cela est vrai, vous devez me fusiller! Si c’est faux, fusillez les délateurs!»

Il ne répondit rien à cette vibrante déclaration, mais me dit:

«—Nous sommes en guerre avec vous; expliquez-moi comment il se peut que la patrie de la révolution n’ait même pas voulu discuter avec nous et que c’est à Berlin, au pays de l’impérialisme, que flotte notre drapeau rouge. Quant à moi, je hais l’Allemagne, je serai le premier à marcher contre elle; j’ai désapprouvé la signature du traité de Brest-Litovsk et j’ai donné ma démission de membre de la commission chargée de signer le traité. Maintenant vous êtes libre.

«—Vous me laisserez quitter la Russie?

«—Oui; je serai simplement obligé de vous faire dresser procès-verbal pour les armes trouvées chez vous.»

Je m’empressai de lui montrer mes permis.