«—Dans ce cas, me dit-il en souriant, je ne puis même pas vous condamner à une amende.»
Ainsi s’est terminé mon entretien avec l’homme qui terrifie Petrograd. Je dois d’ailleurs ajouter que pendant notre conversation il signa plusieurs condamnations à mort.
Son visage prenait alors une expression de bestialité.»
M. Verstraët nous relate ces faits avec bonne humeur. Toute sa personne exprime la satisfaction d’être enfin libre.
«—Ce n’était plus tenable, nous dit-il; chaque nuit être obligé de coucher dans un autre domicile, en un mot, être condamné à vivre comme un voleur. J’ai préféré en finir et, dès que j’ai appris qu’ils venaient m’arrêter, au lieu de me cacher, je suis immédiatement rentré à mon domicile.»
23 août.
Chaque jour on peut enregistrer un nouveau fait déconcertant.
Ce matin, les gardes rouges escortaient une petite troupe de prisonniers qu’on transférait de la prison de la Gorokovaïa dans celle de Vaisliesky-Ostrow, lorsqu’en chemin deux détenus réussirent à s’échapper. Dès que les gardes rouges s’en aperçurent, ils arrêtèrent tout simplement deux inoffensifs passants pour remplacer les deux fugitifs, afin de n’encourir aucune punition pour manque de surveillance.
Un autre fait tout aussi extraordinaire m’a été raconté par la personne qui en fut victime. C’est une dame de mes amies qui vient de sortir de prison où elle a été maintenue pendant une semaine.
En rentrant chez elle, elle apprend de son concierge, qui la regardait avec une vive stupeur, qu’on la croyait morte, fusillée; que son acte de décès avait été établi et que tous ses meubles et vêtements avaient été vendus, naturellement au profit des bolcheviks. La pauvre femme ne put rien faire ni rien réclamer. Elle devra même se considérer heureuse si les bolcheviks consentent à la remettre sur la liste des vivants!