Est-ce que je sais, moi, si l’on jouera demain!
Les coups de feu ne cessent plus. On distingue mal avec tout ce qui bouche les fenêtres.
Paula, ma cuisinière, et Lydia sont pleines de bonne volonté. D’elles-mêmes elles décrochent des tableaux, empaquètent dans des chiffons des statuettes et autres bibelots.
Sans discontinuer, l’ascenseur monte au quatrième ce qui, de mon mobilier, peut être mis à l’abri.
Je suis exténuée. Cette incertitude sur ce qui se passe exactement tend les nerfs horriblement.
Je me suis réfugiée dans la cuisine. Sa fenêtre est entièrement défendue par un amoncellement de neige et nous restons toutes les trois, ma cuisinière, ma femme de chambre et moi, à attendre nous ne savons quoi.
Machinalement, Paula met de l’eau bouillir pour faire du thé. Jamais je n’ai pris le thé d’aussi singulière façon.
Mais on entend du tumulte, tout près, dans la maison. Que se passe-t-il? Lydia va aux nouvelles et revient avec des yeux terrifiés.
Il y a en effet, dans la cour, des manifestants qui gesticulent et qui frappent le concierge. Le malheureux est blanc comme un mort: il vient d’avoir deux doigts pris dans une porte. On ne sait pas au juste ce que veulent ces gens.
Il paraît qu’ils viennent perquisitionner, visiter... les toits. Protopopoff, le ministre de l’intérieur, aurait fait placer des mitrailleuses sur les toits avec des policiers pour les servir, de ces hommes qu’on a surnommés en dérision les Pharaones, ce qui veut dire serviteurs du roi Pharao.