«—Vous avez l’air bien gaie, ce matin?
«—Taisez-vous, lui répondis-je, ou je fonds en larmes.»
A la légation de Danemark, je me débarrasse enfin de ces cahiers, dont une seule phrase suffirait à m’envoyer au mur, celle-ci:
Ouritsky vient d’être assassiné. Un soupir de soulagement s’échappe de toutes les poitrines!
8 septembre.
Et moi qui me croyais en sûreté à l’ambassade d’Espagne!
Les gardes rouges y sont continuellement; chaque jour ils emportent des caisses pleines, et tout ceci n’est que le résultat d’une vengeance personnelle. Le prince Abamelek Lazareff légua en mourant 6,000 roubles à son dvornik. Mais les héritiers se refusèrent à payer cette somme. Le bénéficiaire, pour se venger, alla trouver les gardes rouges et les prévint que le prince avait d’énormes richesses cachées dans son appartement. Il fit plus: il dénonça que deux chambres situées dans l’ambassade d’Espagne contenaient encore des meubles appartenant au prince. C’est la raison pour laquelle les gardes rouges veulent y pénétrer malgré nos efforts, et malheureusement le chargé d’affaires, M. Contreras, se trouve à Moscou.
9 septembre.
Il faut absolument sortir de cette situation, qui menace de devenir un de ces jours tout à fait tragique.
Le drapeau d’un pays neutre ne couvre plus rien. Les gardes rouges ont voulu pénétrer encore ce matin et ils ont prévenu qu’ils reviendraient.