Il est indigné de la façon dont les commissaires du peuple, là-bas, l’ont traité. Pour comble, cet après-midi, vers trois heures, la femme de chambre est venue nous dire que les gardes rouges étaient en bas et qu’ils rôdaient autour de l’ambassade.
M. Contreras a couru dans sa chambre pour s’emparer de son revolver.
Mais plus vite que lui je l’ai trouvé et me suis empressé de le cacher sur une armoire. Il criait: «Je leur apprendrai ce qu’est un Espagnol, je ferai comme Cromie. Je veux en descendre. Ah! ils osent me braver.»
Je l’ai supplié de se calmer. Le Ministre était dans un état d’exaspération facile à comprendre. Mais j’ai insisté de toutes mes forces.
Un malheur arrive si vite aux heures abominables que sont ces heures.
11 septembre.
Je suis allée à midi au consulat danois.
La première personne que je vois est la femme du capitaine Vacquier. Son mari est toujours en prison et la malheureuse, la tête appuyée contre le mur, sanglote: «Ils vont me le tuer!» C’est un spectacle déchirant. Une stupeur est peinte sur tous les visages. Je vais au-devant de M. Binet, notre chargé d’affaires. Il est pâle et me serre nerveusement la main. Je crains de le questionner. Mais, hâtivement, il crie plutôt qu’il ne parle: «C’est affreux, nos malheureux amis sont à la forteresse, traités comme des malfaiteurs. Ils meurent littéralement de faim. Ils appellent à l’aide; les gardes rouges menacent de les fusiller et les neutres se taisent. Ils n’ont pas encore protesté contre la violation de l’ambassade d’Angleterre.
«—Que faudrait-il faire?» lui demandai-je.
«—Une protestation énergique de tous les neutres et surtout celle de la Suède, que les bolcheviks redoutent parce qu’elle est leur voisine et qu’elle peut beaucoup contre eux.