Je n’abordai pas la question d’emblée, commençant à intéresser le baron au sort des femmes françaises et lui représentant leur effroyable situation avec la fermeture de la frontière finlandaise qui les empêche de quitter la Russie.

Peut-être y aurait-il moyen de les faire passer sur des bateaux suédois.

Et puis les neutres pourraient bien faire au moins cela pour nous, eux qui n’ont même pas protesté contre la violation de l’ambassade d’Angleterre. Cette négligence peut amener dans l’avenir la violation des ambassades neutres.

«—Quoi? On dit cela?» demanda le baron nerveusement.

Alors, m’armant de tout mon courage, j’ai ajouté:

«—On dit bien autre chose encore. On dit que les neutres ne protestent pas parce qu’ils ne sont pas fixés sur vos intentions, qu’ils craignent votre abstention, vous sachant en bonnes relations avec l’Allemagne.

«Vous savez bien que les neutres ne peuvent rien sans la Suède, que les bolcheviks craignent parce qu’elle est leur voisine.»

J’ai senti que je touchais là le point sensible et, résolument, je frappai un grand coup:

«—Savez-vous que les officiers alliés prisonniers seront peut-être fusillés d’ici quarante-huit heures?»

Le baron se promena de long en large quelques minutes, semblant réfléchir.