Je suis émue de ce grand dévouement et je le remercie avec effusion. C’est tout à l’heure qu’aura lieu l’entrevue avec le chargé d’affaires suédois.
Tout s’est passé comme je l’espérais. La protestation a été signée par tous les neutres.
15 septembre.
Il semble que les événements s’apaisent un peu.
Mᵐᵉ de Scavenius, dont la bonté est inlassable, a pu pénétrer jusqu’aux prisonniers et leur remettre des vivres. Elle a même obtenu d’organiser une cuisine à la forteresse. Est-ce l’effet de la protestation? Je n’ose y croire, et pourtant je suis bien heureuse quand je songe au rôle que j’ai pu jouer.
M. Binet m’a remerciée de tout son cœur, ainsi que notre consul, M. Duchêne. Ce que j’ai fait est bien naturel, et ce qui me rend fière, c’est seulement de l’avoir osé.
16 septembre.
Aujourd’hui, pendant le déjeuner à l’ambassade, on m’apporte une carte de Mᵐᵉ de Cheremeteff, de la part de M. Binet. Je vais au salon pour la recevoir. Je me trouve en présence d’une jeune et jolie femme qui se présente en ces termes:
«—Je suis Française mariée à un Russe et j’ai perdu mon mari. Je viens à vous, mademoiselle, envoyée par M. Binet. Voici ce qui m’arrive: j’ai reçu une convocation de la Gorokovaïa où je dois me rendre à 3 heures. Pouvez-vous prendre mes bijoux et les garder? Dans le cas où je serais arrêtée, peut-être pourriez-vous faire quelque chose pour moi par M. Lounatcharsky.»
Je l’assure que je ferai tout mon possible. Je garde ses bijoux et je l’emmène à la légation danoise pour prendre conseil sur la marche à suivre.