Je croyais du moins y toucher.

Je vais pouvoir partir grâce à ma camarade Roggers qui connaît Gorki, elle se charge de nous faire obtenir le visa bolchevik, et moi j’ai obtenu du consul de Norvège un mot pour le commandant à la frontière finlandaise qui lui a promis verbalement de nous laisser passer.

Mais à la dernière heure une difficulté absurde. Le commissaire qui a visé ce passeport s’est, paraît-il, trompé dans l’orthographe de mon nom. Il est indispensable que je fasse rectifier, sans quoi je risque d’être arrêtée à la frontière.

J’ai donc dû me rendre à la Gorokovaïa, l’antre du fameux Ouritzky.

Partout des mitrailleuses. On ne veut pas me laisser passer. J’insiste. Je demande Boky, le successeur d’Ouritzky. Au bout d’une heure d’attente, un monsieur s’approche de moi et me tient ce langage:

«—Vous êtes Française, moi je le suis de cœur. Un de mes amis voudrait sortir de Russie. Ne pourriez-vous m’indiquer un moyen, car les bolcheviks lui refusent le visa? On m’a dit qu’on pouvait s’enfuir par la Finlande et que les officiers de la mission française avaient déjà pu quitter Petrograd.»

Je me tiens sur mes gardes.

«—Vous faites erreur. Les officiers étaient encore là hier matin.»

Je sais qu’ils ont pu s’enfuir hier soir; mais je me méfie.

«—Je vous en prie, me répète-t-il, donnez-moi ce moyen pour mon ami.»