J’ai entendu des gens, pourtant, plaindre l’empereur. Mais ils le plaignent tout bas.

Ils racontent que le train impérial qui venait à Petrograd a été arrêté en route. Des hommes sont montés dans le wagon occupé par le tsar. Goutchkov était à leur tête.

Ils étaient chargés, par le gouvernement provisoire, de présenter à l’empereur un acte d’abdication en faveur de son fils. L’empereur se serait recueilli quelques instants, puis il aurait répondu simplement:

«—J’abdique.»

Mais, ne voulant pas laisser le pouvoir à son fils, il aurait demandé qu’on refasse l’acte en faveur de son frère, le grand-duc Michel.

Goutchkov aurait essayé de démontrer au tsar qu’il allait commettre une faute grave, le tsarévitch étant très populaire, depuis l’attentat dont il a été victime.

Lorsqu’on croyait qu’il allait mourir, à la suite de cet attentat, ce n’avait été, dans toutes les églises de l’empire, que messes et actions de grâces.

Toutes les femmes, dans ce temps-là, demandaient à Dieu dans leurs prières de sauver l’héritier du trône.

Mais l’empereur serait demeuré inébranlable dans sa résolution:

«—Je ne me séparerai pas de mon fils.»