Tout autour, la vie continue, même stupéfiant contraste de secousses violentes, de scènes de pillage et de calme apathie. Le coût de l’existence a effroyablement monté encore, mais ce ne sont pas ceux qui souffrent trop de la misère et de la faim qui manifestent: Ceux-là se terrent, se cachent pour souffrir.

Et ceux qui ont encore de l’argent vaquent à leurs occupations, se distraient, se nourrissent comme par le passé.

La plupart des établissements de plaisir fonctionnent et gagnent de l’argent.

Il y a un semblant d’autorité et de fermeté dans l’autorité avec le gouvernement nouveau.

Les bolcheviks!

Ce sont eux aujourd’hui les maîtres de l’heure! Et pour beaucoup c’est un étonnement.

Au début, ce parti avait paru composé surtout d’illuminés fanatiques ayant un idéal communiste. Leur caractéristique était pourtant d’appliquer en tout la violence.

Une fois au pouvoir, ils ont tout de suite été violents. Mais au lieu d’exercer cette violence contre les partis bourgeois, ils se sont retournés comme avec rage contre les socialistes qui n’étaient pas d’accord avec eux. Lénine et Trotsky, qui semblent les têtes du bolchevisme, deux têtes différentes d’aspect, l’un prenant des attitudes d’apôtre, l’autre de chef implacable, ont sur le cœur d’avoir été emprisonnés à la suite de leur tentative de coup de force en juillet.

On continue à se battre dans les rues, dans certaines rues principalement, mais on me dit que la lutte n’a pas ce caractère tragique du moment où, au début de mars, j’ai quitté Pétrograd quand l’impérialisme s’écroulait.

C’était alors tout un régime qui disparaissait; c’était toute une évolution dans la vie de ce malheureux peuple.