Est-ce un fou? Est-ce un homme ivre? Est-ce une simple brute?

Mais il ne semble ni ivre, ni fou! Il ajoute à son ordre impératif quelques bribes de raisonnement. J’ai assez joui, selon lui, de ce véhicule de luxe. A son tour! Cet imbécile ne se doute pas que je ne fais que revenir et que l’auto, simplement louée, ne m’appartient pas. Mais à quoi bon discuter? Cet homme appellera d’autres hommes comme lui.

Heureusement que mon chauffeur ne se démonte pas: il a l’intelligence de répondre que je suis Française.

Le soldat fait signe à un camarade, lequel va chercher un officier qui se trouve à proximité, je ne sais vraiment pas où.

Il y a une Providence pour moi.

De mon plus aimable sourire, je dis ma qualité de Française et d’artiste du théâtre Michel. La chance veut que cet officier me connaît, qu’il m’a souvent applaudie.

«—Passez! dit-il. Je vais arranger cela.»

J’entends le soldat qui bougonne. Près de lui d’autres soldats, qui se sont approchés, bougonnent aussi. Mais l’officier, un grand gaillard, n’a pas l’air d’aimer la contradiction.

«—Si j’ai un conseil à vous donner, me glisse-t-il à mi-voix, rentrez tout de suite chez vous, car une grande émeute se prépare et nous réquisitionnons toutes les voitures.»

Je ne me le fais pas dire deux fois et nous retournons en vitesse à la maison.