Devant ma porte j’aperçois une de nos voisines, les bras encombrés de provisions.
Elle me dit d’un air tout ému:
«—Il doit se passer demain des choses effroyables, et tous les magasins seront fermés. Aussi me suis-je approvisionnée.»
Je voudrais me moquer de cette peureuse, mais j’entends des clameurs dans la rue.
Des enfants courent. Des gens lèvent les bras.
Une grande lueur rouge embrase l’horizon.
L’officier, tout à l’heure, ne m’a pas trompée.
A notre droite, on tire du côté de la Kamenostrowsky; on tire sans discontinuer. Parfois même on dirait que c’est par salves.
Il paraît que, mesure de prudence, on a relevé les ponts qui relient les deux rives de la Néva. On craindrait un fort mouvement séditieux fomenté par les ouvriers.
Et je rentre désemparée.