Un incident tragique, mais tout de même amusant, se serait produit dans le quartier.

Un canon, placé sous l’arche de la Moskaïa, ayant été braqué sur le Palais, les artilleurs commencèrent un tir en règle. Mais ce fut un tir si maladroit que les badauds, approchés peu à peu de la pièce, se mirent à se moquer de ces artilleurs d’occasion, et même à les invectiver, si bien qu’ils prirent la fuite en laissant là leur canon.

Mais il y a de plus graves propos.

Des rumeurs venues on ne sait d’où apprennent que les affaires des Allemands sont loin d’aller si avantageusement qu’on le disait.

On ne sait plus que croire sous ce rapport. On a l’impression, à Petrograd, d’être au bout du monde et en marge de la lutte mondiale, fantastique, qui est engagée à l’ouest.

Mais comment, avec ce qui se passe ici, peut-il y avoir encore un front russe?

26 octobre.

Un peu de calme semble revenu, du moins pour moi, qui me réhabitue à cette existence invraisemblable d’alertes continuelles et d’inquiétude du lendemain.

J’ai pu, de mon mieux, parer au problème de l’alimentation chez moi, assurer à peu près ma vie et celle de ceux qui me servent. Mais à quel prix! Ce sont des dépenses qui n’ont plus de base.

Les pauvres gens sont bien à plaindre, car dans beaucoup de faubourgs misérables on peut dire qu’il y a la famine, et le gouvernement,—l’ombre de gouvernement, du moins, qui existe ici,—ne prend que de vagues mesures.