4 novembre.

Comme ce soir le théâtre Michel rouvre avec la Nuit d’octobre et le Flibustier, j’ai tenu à me faire belle, j’ai fait venir mon coiffeur.

Le brave homme arrive, tout inquiet. Il a entendu des coups de feu du côté de l’hôtel de l’Europe.

Un tas de bruits circulent en ville, impossibles à contrôler. Les troupes marcheraient sur Petrograd.

Mon coiffeur assure que ce renseignement est certain; il le tient de la femme d’un ministre, Mᵐᵉ Konovaloff, qu’il vient d’onduler.

Là est bien la particularité de la race slave, influencée par l’Orient.

Les événements les plus graves peuvent se produire, n’importe: vite le coiffeur! vite la manucure!

Je ne connais pas de ville où, même à l’heure présente, le perruquier joue un rôle aussi important.

Je suis convaincue qu’à Paris, où il n’y a pourtant pas la révolution et qui n’a qu’une souffrance morale, celle de la guerre, dont le théâtre n’est pas loin, il n’y a pas cette insouciance féminine, et, à part quelques exceptions, je vois mal des femmes de fonctionnaires ou d’hommes politiques aussi absorbées par les soins de la coquetterie.

A Petrograd, en ce moment, alors qu’on se mitraille dans certains quartiers, des élégantes se font torturer les cheveux deux fois par jour, et on m’a cité, hier, le cas d’une coquette qui continue à se faire coiffer par un coiffeur même pour dormir.