Et c’était un enveloppement nocturne singulier, après tout ce tumulte.

De lointains coups de feu, très lointains, troublaient le silence de la nuit. La neige étouffait tous les bruits.

On se serait cru dans une ville morte.

10 décembre.

Un incident bien inattendu, vraiment, vient de se produire chez moi.

Il aurait pu être tragique. Il a été simplement ridicule, et le mieux est d’en rire, en ce temps où nous ne savons plus guère ce que c’est que de rire.

A onze heures du soir, un coup de sonnette à ma porte. Onze heures du soir est une heure assez raisonnable, à Petrograd, même en ce moment. Tant qu’il n’est pas une heure du matin, on ne doit pas être surpris par un coup de sonnette.

Deux hommes se sont présentés. Je dirai presque deux messieurs. Ils étaient à peu près convenablement nippés et avaient un air solennel.

Ces gens venaient... demander le vote de mes domestiques, car la Constituante s’ouvre jeudi et les bolcheviks s’efforcent de réunir le plus de voix possible.

Je me suis précipitée à la cuisine et j’ai adjuré mes domestiques de s’abstenir, essayant de leur démontrer tout le mal qui peut suivre si le parti bolchevik l’emporte vraiment, s’il prend des allures officielles, autres que celles de bandes de pillards et d’insurgés.