Alors! Alors! où allons-nous?
Tout le monde a faim ici. Pour deux jours, chacun a droit à un infime petit morceau de pain, qui, naturellement, est dévoré le premier jour. Et quel pain! noir, gluant, collant!
Devant les boutiques, partout, de longues files de gens glacés de froid s’alignent, dans l’attente de la pitoyable pitance, désireux d’être servis les premiers, car il n’y a jamais assez de quoi servir tout le monde.
Et pourtant, tout à l’heure, je viens de dîner très confortablement dans un restaurant à la mode, ouvert comme tant d’autres encore. Évidemment, la note a été salée, mais on n’a manqué de rien. Cuisine excellente, avec un chef français. Vins de France. Luxe ordinaire. Toilettes somptueuses.
Parmi les convives, on m’a montré des nouveaux riches. Il ne faut pas insister sur l’origine de leur richesse. Ils jouissaient lourdement de leur argent et s’offraient des repas extraordinaires.
Je regardais ces physionomies grossières, pénibles, défiantes...
Plusieurs de ces gens étaient des bolchevistes notoires, qui, à leur tour, voulaient vivre la grande vie.
8 février.
Dans les grands immeubles, des coopératives essayent de s’organiser. On veut vivre. On veut vivre quand même et on dépensera jusqu’au dernier kopek pour tenir jusqu’à la dernière limite.
Ceux qui le peuvent continuent à dîner chez Contant, le seul restaurant resté ouvert. Le repas, comprenant deux plats sans dessert, se paye vingt roubles. Il en valait deux, jadis.